aménagement numérique : où en est-on ?

Aménagement numérique : passons à la vitesse supérieure !

#Internet et réseaux 27/09/2016

Antoine RousselPar Antoine Roussel, directeur général délégué, Alsatis Entreprises

Considéré comme un droit fondamental pour beaucoup, l’accès à l’Internet fixe souffre encore d’un retard consi-dérable dans certaines régions de l’Hexagone. Les efforts pour le rattraper restent ténus malgré l’ampleur du défi.

Derrière les mots, une réalité. « Zones blanches », « zones grises »… ces territoires représentent les véritables laissés-pour-compte de la révolution numérique. Avec des débits inférieurs à 2 mbits/s, voire atteignant difficilement les 512 kbits/s, impossible de bénéficier de tous les atouts du numérique et d’embrasser pleinement les nouveaux usages.

Particuliers et entreprises semblent bloqués deux décennies plus tôt quand la France avait mis en place un réseau « performant », conçu pour les offres minitel notamment. Entre temps, le pays s’est reposé sur ses lauriers. Il rattrape peu à peu son retard avec la fibre mais semble négliger ces territoires pour lesquels la fracture numérique s’étend.

Des territoires qui souffrent doublement. En plus de l’absence de services numériques à niveau, ils assistent au ralentissement voire à la chute de leur activité économique. Dans les zones blanches (en deçà de 512 kbits/s), les entreprises quittent simplement les lieux : impossible pour elles de poursuivre leurs activités sans liaison Internet décente. Dans les zones grises (entre 512 kbis/s et 2 mbits/s), le tissu économique s’affaiblit lentement avec un ralentissement de la croissance. Les conséquences sont palpables. À tel point que, côté particuliers, l’Organisation des Nations unies reconnaissait, en 2012, l’accès à Internet comme un droit fondamental, au même titre que le droit au logement ou le droit aux loisirs.

Les grands opérateurs nationaux ont vite disparu de ces régions faiblement peuplées et donc peu rentables.

Comment en est-on arrivé là ? Par calcul d’abord. Les grands opérateurs nationaux ont vite disparu de ces régions faiblement peuplées et donc peu rentables. Préférant se concentrer sur les zones denses – avec, par conséquent, une surenchère d’offres –, ces opérateurs ont complètement abandonné des pans entiers du territoire français.

C’est la raison pour laquelle les réseaux d’initiative publique (RIP) ont vu le jour, dès 2004. Les collectivités entendent, par ce biais, pallier l’absence des opérateurs traditionnels. Ils confient donc les projets d’aménagement numérique à des opérateurs alternatifs, qui, grâce à des technologies innovantes comme la radio, remédient aux carences du réseau DSL existant.

Les réseaux d’initiative publique demeurent clairsemés et aléatoires.

Malgré tout, les réseaux d’initiative publique demeurent clairsemés et aléatoires. L’Arcep recense, en août 2016, 125 projets de ce type… pour des milliers de communes en deçà de 3 mbits/s. Ces décisions se font au gré des budgets locaux, des investissements publics et des décisions politiques.

Or, si les réseaux d’initiative publique apparaissent encore timides, les nouveaux usages de leurs côtés s’accélèrent. Vidéo à la demande, objets connectés, communication unifiée… Autant de technologies émergentes et gourmandes en débit. Si bien que les 2 mbits/s se révéleront bien vite insuffisants et les zones grises d’aujourd’hui deviendront très vite les zones blanches de demain.